« L'avion arrive en retard du vol précédent » : ce que la compagnie doit vraiment prouver

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« En raison de l'arrivée tardive de l'appareil. » « Pour une raison opérationnelle. » Ces deux phrases sont les plus entendues dans les salles d'embarquement, et ce sont aussi les plus mal comprises. Elles n'annoncent ni une panne, ni un orage, ni une grève. Elles disent simplement que votre avion n'était pas là, parce qu'il finissait un autre vol.

Beaucoup de passagers entendent là une fatalité et rentrent chez eux sans rien réclamer. C'est une erreur, parce que ce motif est en réalité l'un des plus favorables au passager. Voici pourquoi, et comment retrouver vous-même d'où venait votre avion.

La première cause de retard en Europe, c'est l'avion lui-même

On imagine les retards causés par la météo, les grèves ou le contrôle aérien. La réalité est plus prosaïque, et elle est mesurée par l'organisme qui gère le ciel européen.

Selon EUROCONTROL, le retard dit réactionnaire, celui qui se reporte d'un vol sur le suivant, pèse 8,2 minutes par vol en moyenne en Europe. C'est la première cause, devant les causes propres à la compagnie (4,5 minutes), le contrôle aérien en route (1,9 minute) et les restrictions aéroportuaires (1,8 minute).

EUROCONTROL va plus loin et écrit que supprimer le retard des un ou deux premiers vols du matin d'un appareil bénéficierait à tous les passagers qui l'emprunteront pendant les quinze heures suivantes.

Autrement dit : le retard de votre vol du soir s'est peut-être formé à six heures du matin, sur un vol que vous n'avez jamais pris.

Schéma : la journée d'un avion, cinq vols enchaînés, et le retard qui grossit d'une escale à l'autre jusqu'au vol du soir

Pourquoi les rotations sont si serrées

Un avion au sol ne rapporte rien. C'est la seule chose à retenir pour comprendre tout le reste.

Un appareil coûte à sa compagnie qu'il vole ou non : le financement, l'assurance, l'entretien, l'équipage. Il ne génère de recette que porte fermée, en vol, avec des passagers à bord. Toute l'organisation d'une compagnie consiste donc à comprimer le temps passé au sol, et à enchaîner quatre, cinq, parfois six vols par jour avec le même appareil.

Ce temps au sol n'est pas du vide. Entre deux vols, il faut débarquer, nettoyer la cabine, vider et recharger les soutes, avitailler en carburant, réapprovisionner les galleys, embarquer, et parfois changer tout l'équipage. Sur un long-courrier, l'ampleur change de nature : il y a la literie à refaire, la cabine affaires à remettre en état, et plus de trois cents sièges à passer un par un, tablettes comprises, par des équipes de dix à quinze personnes.

Chacune de ces opérations est calée sur un horaire. Quand l'avion arrive en retard, elles ne s'accélèrent pas : elles commencent plus tard, et se terminent plus tard.

Le retard ne se dilue pas, il se multiplie

C'est le point le moins intuitif, et il est chiffré.

Les valeurs de référence européennes du coût des retards publient un multiplicateur réactionnaire : le facteur par lequel il faut multiplier le coût d'un retard pour tenir compte de tout ce qu'il provoque en aval, sur le reste du réseau.

Retard initial Multiplicateur
5 minutes 1,52
30 minutes 1,97
1 heure 2,51
3 heures 4,68
5 heures 6,85

Un petit retard du matin se rattrape en partie. Un gros retard ne se rattrape pas : il grossit. Passé une certaine ampleur, la journée entière de l'appareil est compromise, et c'est le dernier vol, souvent celui du soir, qui encaisse le cumul.

Si votre vol part en fin de journée, vous êtes structurellement au bout de cette chaîne.

Graphique : le multiplicateur de cascade d'un retard, de 1,52 à cinq minutes jusqu'à 6,85 à cinq heures

« Raison opérationnelle » : la traduction

Quand le retard vient de la rotation, l'annonce faite aux passagers l'énonce rarement clairement. La formule employée est le plus souvent « pour une raison opérationnelle », parfois « en raison de l'arrivée tardive de l'appareil », qui est la version honnête.

Retenez que « raison opérationnelle » ne désigne aucune cause extraordinaire. Ni panne, ni météo, ni grève, ni oiseau dans un moteur. C'est une formule de confort, qui recouvre l'organisation interne de la compagnie, c'est-à-dire exactement ce dont elle répond.

Un conseil concret, et il ne coûte rien : notez l'annonce mot pour mot, avec l'heure. Un mémo sur votre téléphone suffit. Si la compagnie vous écrit trois mois plus tard que votre vol a subi un « aléa technique imprévisible », l'écart avec ce qui a été annoncé en salle d'embarquement est précisément ce qui fait basculer un dossier.

Retrouver d'où venait votre avion

Voici la partie que personne ne vous dira au comptoir. Vous pouvez, vous-même, retrouver ce que votre appareil faisait avant de venir vous chercher.

1. Photographiez la queue de l'avion à l'embarquement

Chaque appareil porte une immatriculation, sa plaque en quelque sorte. Elle est peinte à deux endroits : sur le fuselage arrière, et sur la dérive, l'aileron vertical de la queue.

Le geste le plus simple est de photographier l'avion au moment d'embarquer, en cadrant la queue. Vous lirez l'immatriculation plus tard en zoomant. La photo porte en plus la date et l'heure inscrites par votre téléphone, ce qui vaut mieux que de recopier des lettres à la main.

Les meilleurs moments sont depuis le bus de piste, au pied de la passerelle en vous retournant, ou par le hublot quand la compagnie répète l'immatriculation sur le winglet. Depuis la salle d'embarquement, la queue est souvent trop loin ou hors de vue.

Ne la cherchez pas sur votre carte d'embarquement : elle n'y figure jamais. Le format des cartes d'embarquement ne prévoit tout simplement pas ce champ. Elle apparaît parfois sur l'écran de la porte ou dans l'application de la compagnie, mais trop irrégulièrement pour compter dessus.

2. Lisez le préfixe

Les premières lettres indiquent le pays où l'appareil est immatriculé.

Pays Préfixe
France F-
Belgique OO-
Maroc CN-
Sénégal 6V-
Côte d'Ivoire TU-
Cameroun TJ-
Congo (Brazzaville) TN-
RD Congo 9S-, 9T-
Nigeria 5N-
Éthiopie ET-
Kenya 5Y-

Une précision utile sur nos lignes : beaucoup d'appareils exploités en Afrique sont immatriculés en Irlande, à Malte ou aux Bermudes, parce qu'ils sont loués. Un préfixe qui ne correspond pas au pays de la compagnie n'a rien d'anormal.

3. Faites-le tout de suite, pas dans trois semaines

C'est l'impératif de cette méthode, et la première cause d'échec.

Les sites de suivi de vol conservent l'historique de chaque appareil, mais la fenêtre gratuite est courte. Sur le plus connu d'entre eux, elle est de sept jours. Les tableaux d'affichage des aéroports ne gardent rien au-delà de quelques heures, et les pages de suivi des compagnies guère plus.

Un site fait exception et mérite d'être connu : Flightera donne accès librement à un historique de plusieurs années, avec les heures réelles et une recherche directe par immatriculation. C'est celui qui sauve un dossier quand on s'y prend tard.

Dans tous les cas, capturez dans les quarante-huit heures.

4. Reconstituez la journée de l'appareil

Ouvrez la fiche de l'appareil par son immatriculation, affichez ses vols à la date du vôtre et à la veille, puis repérez le vol qui précède immédiatement le vôtre. Notez son numéro, sa route, ses heures programmées et ses heures réelles. Capturez l'écran en veillant à ce que l'immatriculation et l'adresse du site soient visibles.

Trois pièges font conclure l'inverse de la réalité, et ils sont fréquents :

Vérifiez que l'aéroport d'arrivée du vol précédent est bien votre aéroport de départ. Sinon, vous regardez la mauvaise ligne.

Méfiez-vous des fuseaux horaires. Ces sites affichent selon un réglage qui n'est pas toujours celui que vous croyez. Sur un Paris-Dakar, une erreur d'une heure suffit à inverser la chronologie.

Attention au passage de minuit. Un vol arrivé à 00h40 figure sur la journée du lendemain.

5. Une trajectoire interrompue ne veut pas dire un incident

Le suivi des avions repose sur des récepteurs au sol, dont la portée est limitée. Là où il n'y a pas de récepteur, il n'y a pas de donnée. La couverture est excellente en Europe, mais l'exploitant du principal site de suivi indique lui-même qu'il travaille encore à l'étendre en Afrique.

Autrement dit, sur nos lignes, une trace qui s'arrête au milieu de la carte signifie seulement que personne n'écoutait. Pas que l'avion s'est posé, ni qu'il a fait demi-tour. Ne tirez aucune conclusion d'un trou de couverture, et vérifiez si le site signale une heure comme estimée plutôt que mesurée.

6. Le piège qu'il faut absolument connaître

Voici pourquoi cette méthode demande de la prudence, et pourquoi presque personne ne l'écrit.

Établir que votre avion est arrivé en retard de son vol précédent ne prouve pas que la compagnie vous doit quelque chose. Cela déplace la question d'un cran seulement : vers la cause du retard précédent.

Or la Cour de justice de l'Union européenne autorise depuis 2020 une compagnie à se prévaloir d'une circonstance extraordinaire survenue sur ce vol antérieur. Donc si vous démontrez fièrement que votre appareil venait en retard de telle ville, et que la compagnie répond que ce retard-là était dû à un orage, vous venez de construire vous-même la moitié de son argumentaire.

La rotation vous dit d'où vient le retard. Elle ne vous dit pas qui en répond.

Cette recherche reste très utile, mais pour une autre raison que celle qu'on croit : elle vous permet de poser à la compagnie une question précise qu'elle ne peut pas éluder, au lieu d'un « pourquoi ? » auquel elle répondra par une formule.

7. Ce que vaut vraiment votre capture d'écran

Soyons francs, parce qu'un lecteur qui surestime sa capture se fera renvoyer.

Contre un professionnel, la preuve est libre en droit français, et une capture d'écran est donc parfaitement recevable. Recevable ne veut pas dire décisive. Elle vient d'un tiers commercial dont les données sont parfois estimées, elle est facile à falsifier, et surtout elle ne dit rien de la cause du retard, qui est justement ce qui décide de l'indemnisation.

Votre capture est un excellent outil d'enquête et un médiocre élément de preuve autonome. Sa vraie fonction est de faire produire par la compagnie les documents qui, eux, feront foi.

Et rappelez-vous le plus important : ce n'est pas à vous de prouver la cause du retard. Vous avez à prouver le retard. C'est à la compagnie d'établir la circonstance qui l'exonérerait.

Les deux « créneaux », et un seul aggrave votre retard

Vous lirez souvent qu'un avion en retard « perd son créneau » et doit attendre. C'est vrai, mais pas pour la raison qu'on croit. Il existe deux objets différents portant ce nom, et les confondre conduit à des explications fausses.

Le créneau aéroportuaire est une autorisation d'exploitation attribuée à votre compagnie pour toute une saison, aéroport par aéroport. La fameuse règle des 80 % s'y rattache : une compagnie qui n'utilise pas suffisamment ses créneaux les perd pour la saison suivante. Mais cette règle se compte sur six mois, pas vol par vol. Un vol retardé de quatre heures compte comme un créneau utilisé. Ce créneau-là ne joue donc aucun rôle dans l'aggravation de votre retard.

Le créneau ATFM est autre chose. Quand le ciel ou un aéroport est saturé, le gestionnaire du réseau européen attribue le jour même une heure de décollage calculée, assortie d'une fenêtre étroite : cinq minutes avant, dix minutes après. Un avion qui rate cette fenêtre doit demander le prochain créneau disponible. Si la file est saturée, ce prochain créneau peut tomber bien plus tard, et vingt minutes de retard deviennent deux heures.

Deux nuances d'honnêteté, parce qu'elles comptent. Ce créneau n'existe que s'il y a une régulation en cours, ce qui n'est pas le cas tous les jours. Et le rater est devenu l'exception : 5,6 % des vols régulés en 2024, contre plus de 20 % il y a vingt ans.

Ce que cela change sur l'axe Afrique

Un point que peu de passagers connaissent : ce système de créneaux calculés couvre l'espace européen. Un vol au départ de Paris vers l'Afrique peut donc recevoir un créneau ATFM. Un vol au départ de Douala, d'Abidjan ou de Dakar vers l'Europe n'en reçoit aucun, parce qu'il décolle hors de la zone couverte.

Sur le retour, l'explication du retard par les créneaux ne tient donc pas. Si la compagnie vous la sert, elle se trompe ou vous égare.

Quand l'équipage atteint sa limite

Il existe une cause de retard et d'annulation dont on ne parle presque jamais aux passagers, et qui explique beaucoup de vols reportés au lendemain.

Le temps de service d'un équipage est plafonné par la réglementation européenne. Ce n'est pas le temps de vol, c'est le temps de travail complet, de la présentation jusqu'à l'arrêt des moteurs de la dernière étape. Le plafond dépend de l'heure à laquelle le service commence et du nombre d'étapes : jusqu'à treize heures dans le cas le plus favorable, neuf heures seulement pour un service de nuit ou comportant beaucoup d'étapes.

Ce plafond est absolu. Il n'y a ni dérogation, ni arbitrage commercial possible. Le commandant de bord dispose d'une soupape pour l'imprévu, deux heures au maximum, trois si l'équipage de conduite est renforcé. Au-delà, le vol ne peut plus être opéré par cet équipage. Il faut un équipage de remplacement, ou attendre le repos réglementaire, qui est d'au moins dix heures hors base.

Une compagnie tient des équipages de réserve à sa base et à ses grands hubs, où un remplaçant peut arriver en quelques heures. Loin de sa base, cette solution n'existe pas. Nous verrons dans la section suivante que sur nos lignes, la situation est encore plus contrainte qu'on ne l'imagine.

Rien n'oblige juridiquement à annuler. Reporter le vol après le repos de l'équipage reste toujours possible. Choisir l'annulation plutôt que le report est un arbitrage économique de la compagnie, et les juges y sont attentifs.

Sur l'axe Afrique, l'avion rentre mais pas l'équipage

Voici la particularité de nos lignes, et elle explique presque tout ce qui s'y passe.

L'appareil ne dort pas sur place

Sur les liaisons entre l'Europe et l'Afrique de l'Ouest ou centrale, le schéma dominant des compagnies européennes est toujours le même : départ d'Europe en début d'après-midi, arrivée en fin de journée, redépart dans la nuit, arrivée en Europe au petit matin. L'avion fait demi-tour. Il ne passe pas la nuit sur place.

Et le temps qu'il passe au sol est très court. Sur une liaison quotidienne vers Abidjan, l'escale tourne autour de deux heures et demie. Vers Kinshasa, autour de deux heures. Pour un gros-porteur qu'il faut vider, nettoyer, réavitailler, recharger en fret et en bagages puis réembarquer, le temps incompressible est déjà d'une heure et demie à deux heures.

La marge réelle est donc de trente minutes à une heure. Un retard d'une heure à l'arrivée est intégralement absorbé par l'escale, et le vol de nuit vers l'Europe repart en retard. Le retard parti d'Europe le matin vous revient dessus le soir même.

Les compagnies africaines appliquent souvent le schéma inverse, leur appareil passant la nuit en Europe. Mais le point commun demeure : aucune de ces rotations n'a de marge significative, d'un côté comme de l'autre.

Le cas des lignes triangulaires

Certaines dessertes ne rentrent pas directement. Le même appareil enchaîne deux escales africaines avant de rentrer en Europe, par exemple Abidjan puis Lomé, ou Cotonou puis Accra.

Si vous embarquez à la seconde escale, votre retard s'est joué à la première, deux heures plus tôt, dans une ville où vous n'êtes jamais allé. Et chaque étape supplémentaire abaisse de trente minutes le plafond de temps de service de l'équipage, ce qui fragilise encore la fin de chaîne.

L'équipage, lui, reste sur place

C'est ici que se trouve le point que presque personne n'explique.

Un aller-retour Paris-Abidjan représente environ seize heures quarante-cinq de service, présentation comprise. Le plafond réglementaire pour un service commençant en début d'après-midi est de treize heures. Le même équipage ne peut donc pas ramener l'avion. Il descend, va à l'hôtel, prend son repos réglementaire, et rentrera plus tard sur un autre appareil. C'est ce qu'on appelle un découcher.

Autrement dit, l'appareil et l'équipage se séparent à l'arrivée. L'avion repart dans la nuit avec un autre équipage, celui qui a découché la veille.

Pourquoi le découcher ne vous sauve pas

On pourrait croire que cette présence permanente d'équipages dans l'escale offre une solution de secours en cas de retard. C'est l'inverse, et le raisonnement mérite d'être suivi.

Le soir de votre vol retour, il y a bien deux équipages de la compagnie dans la ville. Mais aucun n'est disponible :

Celui qui vient d'atterrir a derrière lui près de huit heures de service. La réglementation lui impose au minimum dix heures de repos hors base. Il est physiquement présent et juridiquement inutilisable.

Celui qui a découché la veille est reposé, mais il n'est pas en réserve : c'est précisément lui qui est prévu pour opérer votre vol de ce soir. Il est déjà employé.

Le découcher crée donc une présence, pas une redondance. Il n'y a aucun équipage de réserve dans l'escale. Pour en obtenir un, il faut le faire venir d'Europe, ce qui prend au minimum vingt-quatre heures.

C'est la différence structurelle avec un aéroport européen, où un remplaçant est joignable en quelques heures. Et c'est pourquoi, sur nos lignes, un retard qui atteint la limite de l'équipage ne se compte pas en heures mais en jours.

La bonne nouvelle, et la mauvaise

La bonne : puisque ce n'est pas le même équipage, le retard de l'aller ne consomme pas son compteur. Il démarre à sa propre présentation, sur place.

La mauvaise : ce compteur est court, parce que le vol part de nuit. Un service qui commence en soirée plafonne à onze heures, contre treize en journée. Sur une liaison de six heures et demie, la butée tombe environ trois heures et demie après l'heure de départ prévue, et jusqu'à cinq heures et demie si le commandant active sa soupape pour imprévu.

Au-delà, il n'existe aucune solution locale. Le vol ne part pas, et vous passez la nuit sur place. Retenez alors que la prise en charge vous est due, hébergement et repas compris, quelle que soit la cause du retard, y compris une circonstance extraordinaire.

Le couvre-feu : quand le retard devient annulation

Il existe un mur contre lequel un retard se transforme brutalement en annulation, et il est horaire.

Orly est le seul grand aéroport européen doté d'un couvre-feu complet. Depuis l'arrêté de 2025, il ne se calcule plus sur l'heure de décollage mais sur le départ du poste de stationnement, à 23h15. Un avion qui n'a pas quitté son poste à cette heure-là ne part plus. Il est reporté au lendemain matin, ou annulé.

Le point décisif est ailleurs, et il est très favorable au passager : les dérogations sont limitées aux cas relevant de la sécurité, de la sûreté ou de l'ordre public. Un retard commercial n'est pas un motif de dérogation.

Francfort applique une interdiction de nuit de 23h00 à 5h00, avec un nombre de mouvements plafonné sur les créneaux d'épaule.

Autrement dit, quand une cascade de retards accumulée depuis le matin fait franchir cette heure limite à votre vol, l'annulation qui suit n'a rien d'extraordinaire. C'est la conséquence prévisible d'une chaîne d'événements ordinaires, et un horaire de fermeture connu de tous depuis des décennies ne saurait exonérer la compagnie.

Ce que la compagnie doit vraiment prouver

Voici le cœur du sujet, et l'endroit où les compagnies perdent le plus souvent.

Commençons par ce qui est acquis : un retard de rotation n'est pas, en lui-même, une circonstance extraordinaire. Ce n'est pas une cause, c'est un effet. Dire « l'avion est arrivé en retard » ne répond pas à la question, cela la déplace d'un cran : retard causé par quoi ?

Soyons précis, parce que c'est ici que beaucoup d'articles se trompent et promettent 600 € automatiquement. La Cour de justice de l'Union européenne admet depuis 2020 qu'une compagnie invoque une circonstance extraordinaire ayant frappé un vol précédent du même appareil. Source : CJUE, LE c/ TAP, 11 juin 2020, affaire C-74/19. L'exonération peut donc remonter la chaîne des rotations.

Mais elle a posé trois verrous, et ils sont exigeants. Pour ne rien vous verser, la compagnie doit établir les trois à la fois :

Schéma : les trois preuves que la compagnie doit apporter, événement extraordinaire précis, lien de causalité direct et impossibilité de réacheminer

1. Un événement extraordinaire précis, et pas une formule. Il ne suffit pas d'écrire « aléa opérationnel » ou « contrainte technique ». Il faut nommer l'événement, sur quel vol il est survenu, et prouver qu'il n'était pas inhérent à son activité normale. La charge de la preuve pèse entièrement sur elle. Un problème technique ordinaire, une panne courante, un défaut d'organisation ou la limite de temps de service de son propre équipage n'entrent pas dans cette catégorie.

2. Un lien de causalité direct avec votre vol. Plus la compagnie remonte loin dans la journée de l'appareil, plus ce lien se distend, et plus il devient difficile à établir. La Cour exige aussi qu'elle prévoie, au stade de la planification, une réserve de temps permettant d'absorber les aléas prévisibles. Une compagnie qui construit ses rotations sans aucune marge, puis invoque la cascade qui en résulte, ne peut pas être regardée comme ayant pris toutes les mesures raisonnables.

3. L'impossibilité de vous réacheminer plus tôt. C'est le verrou le plus tranchant, et le moins connu. La Cour a jugé que vous proposer le vol du lendemain n'est pas une mesure raisonnable. La compagnie doit mettre en œuvre tous les moyens dont elle dispose, y compris rechercher un siège sur des vols directs ou indirects opérés par d'autres compagnies. Elle n'est exonérée que s'il n'existait aucun siège disponible à un horaire moins tardif.

Tant que ces trois preuves ne sont pas apportées, l'indemnisation reste due.

La bonne façon de poser la question

Ne demandez pas « pourquoi mon vol était-il en retard ? ». Vous obtiendrez une formule.

Demandez, par écrit : quel événement précis a affecté le vol précédent de cet appareil, en quoi cet événement a directement causé le retard de mon vol, et quelles solutions de réacheminement ont été recherchées, y compris sur d'autres compagnies.

Une compagnie qui ne peut pas répondre aux trois n'a pas de défense. Et la plupart du temps, elle ne répond qu'à la première, de façon vague.

Ce que Robin des Airs fait pour vous

Reconstituer la journée d'un appareil, identifier le vol d'origine du retard, exiger par écrit les trois preuves et relancer jusqu'à ce qu'elles arrivent, c'est un travail long, et c'est exactement le nôtre.

On vérifie votre éligibilité gratuitement, on demande à la compagnie ce qu'elle ne publie pas, et on va jusqu'au tribunal de commerce s'il le faut. Vous n'avancez rien, et si on ne récupère rien, vous ne payez rien.

Questions fréquentes

« Retard dû à l'arrivée tardive de l'appareil » donne-t-il droit à une indemnisation ?
Le plus souvent oui, mais pas automatiquement. Un retard de rotation n'est pas une circonstance extraordinaire : c'est un effet, pas une cause. La compagnie ne s'exonère que si elle prouve trois choses : un événement extraordinaire précis sur un vol antérieur, un lien de causalité direct avec votre vol, et l'impossibilité de vous réacheminer plus tôt. Tant que ces trois preuves manquent, l'indemnisation est due.
Que veut dire « raison opérationnelle » dans une annonce en salle d'embarquement ?
C'est la formule qui recouvre le plus souvent un retard de rotation : votre avion n'est pas encore arrivé, ou il est arrivé en retard de son vol précédent. Elle ne désigne aucune cause extraordinaire. Notez-la avec l'heure, elle vous servira.
Quelle est la première cause de retard des vols en Europe ?
L'avion lui-même. Selon EUROCONTROL, le retard dit réactionnaire, celui qui se reporte d'un vol sur le suivant, pèse 8,2 minutes par vol en moyenne, devant les causes propres à la compagnie (4,5 min) et le contrôle aérien en route (1,9 min).
Mon vol a-t-il perdu son créneau de décollage à cause du retard ?
Il faut distinguer deux choses. Le créneau aéroportuaire est un droit saisonnier : votre vol ne le perd pas parce qu'il a du retard. Le créneau ATFM, calculé le jour même quand le ciel est saturé, a lui une fenêtre étroite, et le rater oblige à attendre le prochain disponible. Seul le second aggrave réellement un retard, et il ne concerne pas les départs depuis l'Afrique.
Un équipage qui atteint sa limite de temps de service, est-ce une circonstance extraordinaire ?
Non. C'est une contrainte de sécurité connue, chiffrée et publiée, entièrement pilotable par la compagnie au moment où elle construit ses plannings. La Cour de justice de l'Union européenne considère que ce qui relève du personnel du transporteur lui est inhérent, donc jamais extraordinaire.
La compagnie peut-elle invoquer un orage survenu sur un vol précédent ?
Oui, la Cour de justice l'admet depuis 2020, à condition de prouver un lien de causalité direct. Mais elle doit aussi démontrer qu'aucun réacheminement plus rapide n'était possible. Vous proposer le vol du lendemain ne suffit pas : elle doit chercher d'autres vols, y compris chez d'autres compagnies.
Pourquoi un retard au départ d'Afrique dure-t-il si longtemps ?
Parce qu'il n'y a aucun équipage de réserve dans l'escale. Les compagnies en tiennent à leur base, pas dans une escale lointaine. Le soir de votre vol, deux équipages sont bien sur place, mais celui qui vient d'atterrir doit prendre au minimum dix heures de repos, et celui qui a découché la veille est déjà prévu pour opérer votre vol. Faire venir un équipage d'Europe prend vingt-quatre heures. Un retard qui atteint la limite se compte alors en jours, pas en heures.
Mon vol devait partir d'Orly le soir et il a été annulé. Pourquoi ?
Orly est le seul grand aéroport européen doté d'un couvre-feu complet. Depuis 2025, il se calcule sur le départ du poste de stationnement à 23h15. Un avion qui n'a pas quitté son poste à cette heure ne part plus. Et un simple retard commercial n'ouvre droit à aucune dérogation.

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