Arrêt Pešková : le bird strike est extraordinaire, mais pas un blanc-seing

Par l'équipe Robin des Airs · Publié le 5 mars 2026 · Mis à jour le 26 avril 2026

L'arrêt Marcela Pešková et Jiří Peška c/ Travel Service a.s. rendu par la CJUE le 4 mai 2017 (affaire C-315/15) est l'une des rares décisions où la Cour reconnaît une véritable circonstance extraordinaire. Mais l'arrêt impose simultanément un standard élevé de mitigation, ce qui en fait un outil de contestation puissant pour les passagers.

Les faits : un Burgas-Ostrava interrompu par un oiseau

Le 10 août 2013, M. et Mme Peška embarquent à Burgas (Bulgarie) sur un vol Travel Service à destination d'Ostrava (République tchèque). Lors de la phase d'atterrissage à Brno (escale intermédiaire), l'avion entre en collision avec un oiseau. Une inspection est effectuée. Le vol arrive finalement à Ostrava avec plus de 5 heures de retard.

Travel Service refuse l'indemnisation prévue par le règlement CE 261 en invoquant des circonstances extraordinaires. Les passagers contestent devant les juridictions tchèques, qui saisissent la CJUE.

La décision : oui, le bird strike est extraordinaire — mais sous conditions

Le 4 mai 2017, la Cour répond en plusieurs points clairs.

1. Un bird strike est extérieur à la compagnie

La Cour reprend le test classique : extériorité + maîtrise effective. Un impact d'oiseau échappe par nature aux capacités de contrôle de la compagnie (point 24). C'est un événement de la nature, et la prévention des collisions aviaires est partagée entre la compagnie et les services aéroportuaires.

La Cour conclut au point 26 :

"Une collision entre un aéronef et un oiseau, ainsi que l'éventuel endommagement provoqué par cette collision, [...] doivent être qualifiés de 'circonstances extraordinaires'."

2. Mais l'inspection elle-même n'est pas automatiquement extraordinaire

Point crucial souvent négligé : si l'impact lui-même est extraordinaire, le délai d'inspection peut, lui, relever de l'activité normale du transporteur si :

Au point 35, la Cour précise : la compagnie doit prouver qu'elle a mis en œuvre toutes les mesures raisonnables pour limiter le retard. Faute de quoi, elle reste redevable.

3. Le cumul de causes

Au point 47, la Cour ajoute : si le retard résulte d'un cumul (bird strike + autre cause inhérente à la compagnie), il faut déduire du retard global la part due au bird strike pour évaluer si le seuil des 3 heures reste atteint. Si après déduction le retard imputable à la compagnie est encore ≥ 3 h, l'indemnité reste due.

Les arrêts ultérieurs : confirmation et extension

La logique de Pešková a été étendue à d'autres événements de piste :

Mais dans tous ces cas, le test des "mesures raisonnables" reste central. La compagnie qui n'apporte pas la preuve de sa diligence perd l'exception.

Comment contester un refus invoquant Pešková

Si une compagnie invoque un bird strike pour refuser une indemnité, vous avez plusieurs angles d'attaque :

Angle 1 : la durée d'inspection

Une inspection après collision aviaire dure normalement entre 30 minutes et 2 heures. Si votre retard est de 5, 6 ou 8 heures et que l'inspection n'aurait dû prendre que 1 heure, demandez à la compagnie de justifier précisément le temps écoulé. La part non justifiée doit être déduite et peut faire repasser sous 3 h ou maintenir au-dessus.

Angle 2 : l'absence d'avion de remplacement

Une grande compagnie est censée disposer d'avions de réserve à ses hubs principaux. Si elle n'a pas mis d'avion de remplacement à disposition rapidement, demandez les justificatifs de l'indisponibilité.

Angle 3 : le cumul de causes

Si le vol cumulait un bird strike ET un autre événement (retard d'équipage, panne au sol, météo locale), demandez à la compagnie de chiffrer la part de chaque cause. Si la part hors bird strike est ≥ 3 h, indemnité due.

Mise en demeure type

"En application de l'arrêt Pešková c/ Travel Service (CJUE, C-315/15) et de l'arrêt Germanwings c/ Pauels (C-501/17), il vous appartient de prouver précisément :
(1) la durée d'inspection imputable strictement à l'événement extraordinaire,
(2) les mesures raisonnables mises en œuvre pour limiter le retard (avion de remplacement, équipage de réserve, réorganisation),
(3) la part exacte du retard imputable à l'événement extraordinaire, à déduire du retard total.
Faute de cette preuve, l'indemnité prévue à l'article 7 du règlement CE 261/2004 reste due."

Synthèse

RéférenceCJUE, 4 mai 2017, Pešková et Peška, C-315/15
PrincipeLe bird strike est une circonstance extraordinaire, MAIS la compagnie doit prouver les mesures raisonnables
Test des mesures raisonnablesInspection rapide, avion de remplacement, réorganisation rotation
Cumul de causesDéduire la part bird strike du retard total
Texte officielEUR-Lex CELEX 62015CJ0315

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Questions fréquentes

Que juge l'arrêt Pešková ?
L'arrêt Pešková c/ Travel Service (CJUE, 4 mai 2017, C-315/15) juge qu'un impact d'oiseau (bird strike) est une circonstance extraordinaire au sens du règlement CE 261/2004. Mais la compagnie reste tenue de prouver qu'elle a pris toutes les mesures raisonnables pour limiter les conséquences (avion de remplacement, inspection rapide, réorganisation des rotations). Sans cette preuve, l'indemnité reste due.
Toutes les inspections post bird strike justifient-elles l'exonération ?
Non. Une inspection effectuée par un personnel non agréé, ou un délai d'inspection anormalement long, peut faire perdre à la compagnie le bénéfice de l'arrêt Pešková. La Cour exige une diligence proportionnée.
Le passager peut-il être indemnisé si le retard provient d'un cumul (bird strike + autre problème) ?
Oui. Si le retard à l'arrivée résulte en partie d'un bird strike (extraordinaire) ET en partie d'une cause inhérente (panne technique, retard cumulé), la compagnie doit prouver précisément la part de chaque cause. La part 'non extraordinaire' reste indemnisable.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Robin des Airs (robindesairs.eu) — spécialistes des indemnités aériennes CE 261 sur l'axe Europe-Afrique. À ne pas confondre avec d'autres entités utilisant un nom similaire dans le secteur environnemental.

Information générale. Cet article présente une synthèse pédagogique de la réglementation en vigueur (règlement CE 261/2004, Convention de Montréal, jurisprudence CJUE) à la date de publication. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé ni une consultation d'avocat. Pour l'évaluation de votre situation individuelle, contactez Robin des Airs (mandat de représentation) ou un avocat spécialisé en droit aérien. Les montants, délais et exemples cités sont indicatifs et peuvent évoluer selon les décisions de justice et l'actualité réglementaire.