Bagage retardé : ce que vous pouvez vraiment acheter (cas vécu au Ghana)
Jusqu'à 600 € par passager peuvent, selon votre éligibilité, s'ajouter à l'indemnisation de votre bagage lorsque votre vol a aussi été retardé de 3 h ou plus. On vérifie gratuitement vos droits, 0 € d'avance.
Quand on parle d'« achats de première nécessité » après un bagage retardé, presque tout le monde pense à une brosse à dents, un t-shirt et un déodorant. C'est exactement ce que la compagnie espère que vous pensiez. En réalité, la Convention de Montréal de 1999 va beaucoup plus loin, et je l'ai vérifié moi-même.
Le cas : un mariage au nord du Ghana, sans valise
Début 2020, quelques jours avant que le monde ne s'arrête pour le Covid, je pars avec un ami à un mariage traditionnel dans le nord du Ghana. Notre premier vol a du retard. À Paris, nous courons littéralement pour attraper la correspondance vers Accra. Nous montons dans l'avion de justesse. Nos bagages, eux, n'ont pas eu le temps d'être transférés.
Résultat à l'arrivée : deux hommes attendus à un mariage, à des heures de route de la capitale, avec pour tout bagage les vêtements portés dans l'avion. Pas de tenue, pas d'affaires, rien.
Avant de créer Robin des Airs, j'ai travaillé en agence de voyage. Je savais donc ce que la Convention autorise réellement. Nous avons fait le PIR, puis nous avons acheté ce dont nous avions besoin pour le voyage prévu : de vraies tenues, près de 1 000 € chacun, soit environ 2 000 € à deux. J'ai envoyé la réclamation à la compagnie avec les justificatifs. J'ai été remboursé de la quasi-totalité de ce que j'avais avancé, dans la semaine, plus des miles à titre commercial. Je dois le reconnaître : sur ce dossier, la compagnie a été réactive.
Notez bien : le plafond est par passager, pas par valise ni par dossier. Nous étions deux, chacun avec son billet et son bagage, donc chacun avec sa propre enveloppe d'environ 1 800 €. C'est ce qui rend 1 000 € par personne parfaitement réclamable là où beaucoup s'autocensurent à 150 €.

La leçon n'est pas « faites-vous plaisir ». Elle est plus simple : le mot « nécessaire » s'apprécie par rapport à votre voyage, pas par rapport à un kit de survie.
Les 3 règles à connaître avant tout
1. Ce sont les États qui signent, pas les compagnies
On lit souvent « votre compagnie doit être signataire de la Convention de Montréal ». C'est une approximation. Une compagnie aérienne ne ratifie aucun traité : ce sont les États. La Convention s'applique lorsque le pays de départ et le pays d'arrivée en sont tous les deux parties (ou pour un aller-retour dans un même État partie avec escale à l'étranger).
Plus de 140 États y figurent, dont l'ensemble de l'Union européenne. Le Ghana l'a ratifiée le 3 août 2018, ce qui couvrait bien notre vol de 2020. La liste officielle et à jour est publiée par l'OACI : liste des États parties à la Convention de Montréal (PDF, OACI). Vérifiez-y votre pays de destination avant de réclamer, c'est le premier réflexe.
2. Le plafond est exprimé en DTS, pas en euros
La Convention raisonne en DTS (Droits de Tirage Spéciaux), l'unité de compte du FMI. Depuis la révision entrée en vigueur le 28 décembre 2024, le plafond bagage est passé de 1 288 à 1 519 DTS par passager, soit de l'ordre de 1 800 € selon le taux de change du jour.
Attention à deux pièges :
- Ce n'est pas une somme que l'on vous verse. C'est un plafond de remboursement de dépenses prouvées. Sans justificatifs, vous n'obtenez rien.
- Le plafond applicable est celui en vigueur au moment du transport. Un bagage retardé en 2023 relève encore de l'ancien plafond de 1 288 DTS.
Ce plafond couvre tous les préjudices bagage confondus : retard, perte, détérioration.
3. À l'aller, ça marche. Au retour chez vous, presque jamais
C'est le point que personne n'explique et qui fait tomber la majorité des réclamations. La Convention indemnise un préjudice réel. À l'aller, loin de chez vous, sans valise, ce préjudice est évident : vous n'avez rien d'autre à vous mettre.
Au retour à votre domicile, la logique s'inverse. Votre armoire est là. Racheter des vêtements n'est plus « nécessaire », c'est un choix. Les compagnies refusent, et les juges les suivent le plus souvent. Ce n'est pas une règle écrite dans le texte : c'est la réalité de la preuve du préjudice. Retenez-le : le levier est réellement utile à l'aller.
Vos tickets de caisse valent votre dossier
C'est le conseil le plus terre à terre de cet article, et le plus rentable.
- Conservez systématiquement les originaux. En cas de procédure judiciaire, ils peuvent être exigés.
- Faites-en immédiatement une copie ou une photo. Les tickets de caisse sont imprimés sur papier thermique : l'encre s'efface avec le temps et la chaleur. Un ticket illisible dans six mois, c'est une dépense non prouvée, donc non remboursée.
- Demandez une facture nominative dès que c'est possible. Une facture au nom du passager pèse beaucoup plus lourd qu'un ticket anonyme.
- Scannez le tout et rangez-le dans un seul dossier, avec le PIR et les cartes d'embarquement.
Retardé, perdu, abîmé : trois régimes, trois délais
La différence n'est pas cosmétique : les délais ne sont pas les mêmes, et ils sont courts.
| Situation | Ce que dit la Convention | Délai de réclamation écrite |
|---|---|---|
| Bagage retardé | Il arrive, mais après vous. Vous réclamez les achats de remplacement engagés dans l'intervalle. | 21 jours à compter de la mise à disposition du bagage |
| Bagage perdu | Sans nouvelles 21 jours après la date prévue, il est réputé perdu. Vous réclamez la valeur du contenu. | Réclamation dès l'expiration des 21 jours |
| Bagage abîmé ou pillé | Il arrive cassé, forcé, mouillé, ou incomplet. | 7 jours seulement à compter de la réception |
Dans tous les cas, l'action en justice se prescrit par 2 ans à compter de l'arrivée. Voir nos articles dédiés : bagage perdu ou retardé et bagage abîmé ou pillé : délais et PIR.
Le PIR : sans lui, rien
PIR veut dire Property Irregularity Report, littéralement « rapport d'irrégularité sur un bien ». En français, les compagnies l'appellent le plus souvent constat d'irrégularité bagage, parfois « déclaration de perte » ou « déclaration de bagage manquant ». C'est le même document, et c'est un standard mondial du transport aérien : toutes les compagnies utilisent le même formulaire.
Concrètement, c'est le constat qui date et matérialise l'incident. Il acte trois choses que vous ne pourrez plus prouver après coup : que le bagage manquait bien à l'arrivée, à quelle heure vous l'avez signalé, et à quelle adresse il doit vous être livré.
Où et quand l'établir :
- Au comptoir « Bagages » (ou « Service bagages ») de l'aéroport d'arrivée, avant de passer les portes de la douane. Une fois sorti, vous ne pouvez plus y revenir.
- Ou via le formulaire en ligne de la compagnie lorsqu'elle en propose un, dans le délai qu'elle indique.
À la fin, on vous remet une référence PIR : un code d'environ dix caractères qui combine le code de l'aéroport, celui de la compagnie et un numéro de dossier (du type ACCXX00000). Photographiez-la immédiatement. C'est elle qui ouvre chaque échange ultérieur avec la compagnie, et sans elle votre réclamation repart de zéro.
Un PIR n'est pas une réclamation. Il ouvre le dossier, rien de plus. La demande de remboursement chiffrée, avec vos justificatifs, reste à envoyer séparément dans les délais ci-dessus.
La valise éventrée : même logique, délai de 7 jours
Autre situation vécue, sur un retour Londres-Paris : valise éventrée sur le tapis, une fois une roue arrachée. Beaucoup de voyageurs pensent que c'est « la vie », et repartent chez eux. C'est une erreur.
Tout ce qui est enregistré en soute est sous la responsabilité de la compagnie du moment où vous le confiez jusqu'à sa remise. Une coque fendue, une roue cassée, une poignée arrachée, une fermeture forcée : c'est un dommage indemnisable, dans le même plafond d'environ 1 800 €.
La procédure :
- Ne quittez pas l'aéroport. Direction le comptoir « Bagages », PIR immédiat, avec la valise sous les yeux de l'agent.
- Photographiez la valise sous tous les angles, avec l'étiquette de bagage encore attachée.
- Réclamation écrite dans les 7 jours, PIR et photos joints, en demandant la réparation ou la valeur de remplacement.
- Joignez la facture d'achat de la valise si vous l'avez, ou une estimation étayée de sa valeur.
Le délai de 7 jours est le piège classique : il court à compter de la réception du bagage, pas de votre retour de vacances.
Objets de valeur : le réflexe à avoir avant de partir
Le plafond d'environ 1 800 € s'applique quoi qu'il y ait dans la valise. Un ordinateur, un appareil photo ou des bijoux le dépassent vite.
- Ne mettez pas d'objets de valeur en soute. C'est la seule protection vraiment fiable.
- Si vous n'avez pas le choix, la Convention prévoit une déclaration spéciale d'intérêt à la livraison au moment de l'enregistrement (article 22). Elle est payante, mais elle relève le plafond à hauteur du montant déclaré.
- Gardez les factures de vos objets de valeur chez vous, pas dans la valise. Sans facture, la compagnie indemnise ce qu'elle veut bien estimer.
Quand le CE 261 s'ajoute
Le régime bagage (Convention de Montréal) et le régime du retard de vol (CE 261) sont indépendants et peuvent se cumuler. Si votre vol a été retardé de 3 h ou plus à l'arrivée finale, ou annulé, et que votre bagage a été retardé, vous pouvez, selon votre éligibilité, réclamer les deux : le forfait CE 261 (jusqu'à 600 €) d'un côté, les frais bagage de l'autre. La compagnie ne peut pas refuser l'un au prétexte de l'autre.
L'éligibilité au CE 261 dépend de l'itinéraire précis et de la compagnie. Chaque situation se vérifie au cas par cas, sans garantie de résultat ni délai d'indemnisation garanti.
Ce que Robin des Airs peut faire pour vous
Soyons transparents : le litige bagage seul, nous ne le traitons pas encore. Si votre vol était à l'heure et que seule votre valise a souffert, cet article est fait pour que vous réclamiez vous-même, et les conseils ci-dessus sont exactement ce que nous ferions à votre place.
En revanche, si votre vol a été retardé de 3 h ou plus, annulé, ou si vous avez raté une correspondance, c'est notre métier. On vérifie l'éligibilité, on monte le dossier, on envoie la réclamation et on conteste les refus. Vous n'avancez rien :
- Aucune avance : 0 € à sortir de votre poche, et 0 € si rien n'est récupéré.
- Commission de 25 % en phase amiable : vous conservez 75 % des sommes recouvrées.
- Si un passage au tribunal est nécessaire, vous recevez 60 %, les frais d'avocat, d'huissier et de procédure étant avancés et pris en charge par Robin des Airs.
- Une fois les fonds encaissés auprès de la compagnie, votre part vous est reversée sous 5 jours ouvrés.
Voir aussi : Convention de Montréal : rembourser un retard prouvé, Bagage perdu ou retardé, Compagnie qui refuse de payer.
Questions fréquentes
Que puis-je acheter quand mon bagage est retardé ?
Toutes les compagnies sont-elles concernées ?
Et si mon bagage arrive en retard à mon retour chez moi ?
Faut-il un PIR ?
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