Vol Paris-Montréal retardé : 600€ CE 261
Paris CDG et Montréal-Trudeau (YUL) sont reliés par l'une des liaisons transatlantiques les plus fréquentées entre l'Europe et le Canada. Avec 5 517 km de distance orthodromique , ce vol dépasse largement le seuil de 3 500 km du CE 261, ce qui place l'indemnité au palier maximum : 600€ par passager pour tout retard de 3h ou plus à l'arrivée. Mais toutes les compagnies ne sont pas égales face au règlement européen : voici ce qu'il faut savoir avant de déposer une réclamation.
Distance et palier d'indemnisation
Route Distance GCD Palier CE 261 Indemnité Paris CDG ↔ Montréal YUL 5 517 km Supérieur à 3 500 km 600 € Le seuil de déclenchement est un retard ≥ 3h à l'arrivée et non au départ. Si votre avion décolle en retard mais rattrape le temps et arrive moins de 3h après l'horaire prévu, aucune indemnité n'est due. À l'inverse, une accumulation de retards qui fait franchir ce seuil à l'arrivée ouvre le droit aux 600€, même sur un vol de nuit transatlantique.
Quelles compagnies sont couvertes, et dans quel sens ?
Compagnie Nationalité Paris → Montréal Montréal → Paris Air France (AF) Française (UE) ✔ 600€ ✔ 600€ Corsair (SS) Française (UE) ✔ 600€ ✔ 600€ Air Canada (AC) Canadienne (non-UE) ✔ 600€ ✘ Non couvert Air Transat (TS) Canadienne (non-UE) ✔ 600€ ✘ Non couvert Art. 3.1 du CE 261, deux critères alternatifs :
(a) Vol au départ d'un aéroport situé sur le territoire d'un État membre (ex : CDG) → toutes compagnies sont couvertes.
(b) Vol à destination d'un aéroport d'un État membre (ex : CDG), opéré par une compagnie UE → compagnies européennes couvertes dans les deux sens.
Résultat : Air France et Corsair (compagnies UE) sont couvertes CDG→YUL et YUL→CDG. Air Canada et Air Transat ne sont couvertes que sur CDG→YUL.Air France et Corsair : couverture dans les deux sens
Air France et Corsair sont immatriculées en France, État membre de l'UE. En vertu de l'article 3.1(b) du CE 261, leurs vols au départ de Montréal à destination de Paris sont couverts par le règlement, exactement comme leurs vols au départ de Paris. Un passager retardé sur le vol Montréal-Paris CDG opéré par Air France a droit à 600€ , quelle que soit la durée du trajet et le fait que le vol parte du Canada.
Air Canada et Air Transat : uniquement au départ de Paris. Ces deux compagnies canadiennes ne sont soumises au CE 261 qu'en vertu de l'article 3.1(a), c'est-à-dire uniquement pour leurs vols au départ de CDG. Pour le retour YUL→CDG opéré par Air Canada ou Air Transat, vous n'avez aucun droit à indemnisation CE 261. En cas de retard sur ce retour, des recours peuvent exister en droit canadien (Office des transports du Canada, OTC), mais ceux-ci sont distincts et souvent moins favorables.
3h ou 4h de retard : ce que dit vraiment le CE 261
Un mythe tenace circule chez les voyageurs transatlantiques : il faudrait 4 heures de retard pour avoir droit à l'indemnité sur un long-courrier. C'est inexact. Le CE 261 ne distingue pas les vols selon leur durée pour fixer le seuil d'indemnisation. L'arrêt Sturgeon c/ Condor (CJUE, 19 novembre 2009) a établi de façon contraignante que :
- Le seuil est fixé à **3 heures de retard à l'arrivée** , quel que soit le type de vol. - Le retard se mesure à l'**ouverture des portes** à l'aéroport d'arrivée. - Cette règle s'applique aussi bien sur un vol Paris-Montréal (5 517 km) que sur un vol court-courrier.Si une compagnie vous oppose le seuil de 4h, elle fait une erreur de droit. Citez l'arrêt Sturgeon dans votre réclamation.
Exemple chiffré : couple sur Air France YUL → CDG
Deux passagers prennent le vol Air France Montréal-Paris. L'avion arrive à CDG avec 3h45 de retard. Air France est une compagnie UE, couverte dans les deux sens. Chaque passager a droit à 600€.
Total : 2 × 600€ = 1 200€. Ce montant reste dû même si la compagnie invoque une grève ou des conditions météo, sauf si elle prouve des circonstances extraordinaires au sens strict de la jurisprudence CJUE (ex : grève sauvage non prévisible, décision de contrôle aérien).
Comment déposer votre réclamation
- **Étape 1 :** Rassemblez votre carte d'embarquement, la confirmation de réservation et les horaires réels du vol (disponibles sur FlightAware ou FlightRadar24). - **Étape 2 :** Adressez une réclamation écrite à la compagnie, en citant le [CE 261/2004](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32004R0261), la distance (5 517 km), le palier (600€) et l'article 3.1(a) ou (b) selon votre cas. - **Étape 3 :** En l'absence de réponse sous 2 mois ou en cas de refus injustifié, saisissez la Direction générale de l'aviation civile ([DGAC](https://www.ecologie.gouv.fr/direction-generale-laviation-civile-dgac)) ou un médiateur agréé. - **Étape 4 :** En dernier recours, déposez votre dossier en ligne via Robin des Airs pour un traitement professionnel.Prescription 5 ans (art. 2224 Code civil) : vous avez 5 ans pour agir depuis la date du vol. Un retard subi en 2021 sur CDG→YUL ou sur YUL→CDG (Air France ou Corsair) est encore recevable en 2026.