« C'est la météo » : comment vérifier si l'excuse de votre compagnie tient vraiment

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« En raison des conditions météorologiques. » C'est, avec le trafic aérien, l'explication la plus servie dans les salles d'embarquement, et la plus difficile à contester pour un passager, parce qu'elle semble échapper à tout le monde. Personne ne commande le ciel.

Sauf que la météo se vérifie. Elle est mesurée, publiée, horodatée, et surtout : elle tombe sur un aéroport entier, pas sur un seul vol. C'est précisément ce qui permet de savoir, souvent en quelques minutes, si l'excuse tient ou si elle habille autre chose. Voici les recoupements qu'un professionnel de l'aérien fait avant d'ouvrir un dossier.

Pourquoi la météo est l'excuse préférée des compagnies

Une raison météo présente, pour une compagnie, trois avantages qu'aucune autre n'offre.

Elle est extérieure. Contrairement à une panne ou à un équipage manquant, elle ne désigne aucune défaillance interne. Elle place la faute dans le ciel, là où le passager n'ira jamais chercher.

Elle est vague. « Conditions météorologiques défavorables » ne dit ni où, ni quand, ni combien de temps. Aucun horaire, aucune mesure, aucun seuil. Juste une impression de fatalité.

Elle est crédible. Tout le monde a déjà vu un vol retardé par la neige ou un orage. L'argument s'appuie sur une expérience commune, et c'est ce qui le rend efficace, même quand il est faux.

Le problème, pour la compagnie, c'est que la météo est l'une des rares causes qu'un tiers peut reconstituer sans elle. Le carnet de bord technique, vous ne l'avez pas. Le planning des équipages, non plus. Mais le temps qu'il faisait à votre aéroport, à l'heure de votre vol, est une donnée publique.

Et les chiffres invitent à la prudence. Selon EUROCONTROL, qui gère le ciel européen, la première cause de retard n'est pas le ciel mais l'avion lui-même : le retard dit réactionnaire, celui qui se reporte d'un vol sur le suivant, pèse 8,2 minutes par vol en moyenne, devant les causes propres à la compagnie (4,5 minutes) et le contrôle aérien en route (1,9 minute). Autrement dit, quand on vous parle de météo, la statistique désigne le plus souvent une autre cause.

Le signal n°1 : votre vol était-il le seul en retard ?

C'est le recoupement le plus puissant, et le plus simple à comprendre.

La météo ne choisit pas un vol. Un orage, du brouillard, un vent de travers au-dessus de la piste : cela frappe tous les appareils qui décollent ou atterrissent dans la même fenêtre. Si le mauvais temps était réel et bloquant, alors les autres vols du même aéroport, à la même heure, ont été retardés eux aussi.

D'où la question qui renverse tout : les autres vols sont-ils partis normalement ?

Mais attention, et c'est ici que beaucoup se trompent : un départ qui fonctionnait ne suffit pas à conclure. L'absence de problème au départ ne dit rien de l'arrivée, et l'inverse est tout aussi vrai : un aéroport d'arrivée parfaitement dégagé n'exclut pas un problème au départ. Un vol peut décoller d'un ciel limpide et être légitimement retardé parce que sa destination, elle, était sous l'orage, tout comme il peut arriver dans un ciel clair après un départ empêché. C'est pourquoi le recoupement se fait toujours dans les deux sens, et pourquoi c'est l'addition de toutes les conditions, jamais un seul signal, qui permet de trancher.

Tableau des départs d'un aéroport : six vols affichés à l'heure et un seul en retard, illustrant que si un unique vol est retardé alors que les autres partent normalement, l'excuse météo ne tient pas car le ciel était le même pour tous

À l'aéroport de départ. On regarde les vols partis dans l'heure qui précède et l'heure qui suit le vôtre. Beaucoup à l'heure, la piste de départ fonctionnait. Un point, et un seul : cela écarte un problème au départ, rien de plus.

À l'aéroport d'arrivée. C'est l'angle mort que les compagnies exploitent. Les autres vols de votre aéroport de départ vont vers d'autres destinations, avec chacune sa météo : leur ponctualité ne prouve donc rien sur la vôtre. Il faut regarder ce qui se passait à votre aéroport d'arrivée à l'heure prévue de votre atterrissage. Les vols des autres provenances s'y posaient-ils normalement ? Les vols vers cette même destination, partis d'ailleurs, sont-ils arrivés à l'heure ? Si oui, la piste d'arrivée n'était pas le problème non plus.

Ce n'est qu'une fois ces deux bouts vérifiés, départ et arrivée, et concordants, qu'on peut dire qu'aucune fenêtre météo n'explique le retard. Un seul des deux ne suffit jamais. C'est le cumul qui fait la preuve, et c'est précisément ce recoupement complet qu'une compagnie compte sur votre fatigue pour ne pas faire.

La météo empêche rarement de décoller : on se déroute

Voici un point que le grand public ignore, et qui fragilise beaucoup d'excuses météo. Dans l'aviation, on part presque toujours. Sauf phénomène vraiment extrême, un avion décolle même quand la météo est mauvaise à destination.

La raison est simple : chaque vol est préparé avec un aéroport de dégagement, un terrain de secours prévu à l'avance, et l'appareil emporte le carburant nécessaire pour l'atteindre. Si le temps se dégrade à l'arrivée, l'avion ne reste pas cloué au départ : il décolle, il patiente en vol si besoin, et s'il ne peut vraiment pas se poser, il se déroute vers ce terrain de secours. Attendre au sol que la météo passe à des centaines de kilomètres n'est pas la procédure normale.

Cela a une conséquence directe sur votre dossier. Quand une compagnie explique un long retard au sol par « la météo à destination », la question qui dérange est : pourquoi ne pas être parti, quitte à se dérouter ? Une météo qui empêche réellement un décollage est rare, elle est extrême, et surtout elle frappe alors tout l'aéroport en même temps. On revient au signal n°1 : si les autres vols décollaient, le vôtre le pouvait aussi.

Deux nuances d'honnêteté, parce que ce raisonnement a ses limites. Un déroutement provoque lui-même du retard, et ce retard-là peut être en partie justifié. Et il existe de vraies fermetures d'aéroport, pour tempête ou piste impraticable, qui sont d'authentiques circonstances extraordinaires. Mais dans ces deux cas, la trace est visible et partagée par tout le trafic, jamais concentrée sur votre seul vol.

Lire le METAR et le TAF sans être pilote

La comparaison entre vols dit si le temps a frappé. Le METAR et le TAF disent ce que le temps faisait vraiment. Ce sont deux documents publics, gratuits, et plus fiables que n'importe quel souvenir.

Le METAR est l'observation météorologique réelle d'un aéroport, publiée toutes les demi-heures ou toutes les heures. C'est une photographie horodatée : vent, visibilité, nuages, précipitations, orage, à l'instant T.

Le TAF (Terminal Aerodrome Forecast) est la prévision d'aérodrome, établie plusieurs heures à l'avance. Il dit ce que la compagnie savait venir, et donc ce qu'elle pouvait anticiper.

Trois repères suffisent pour s'y retrouver :

  1. Le code de l'aéroport, quatre lettres OACI (par exemple LFPG pour Paris-Charles-de-Gaulle, GOBD pour Dakar). C'est lui qui garantit que vous lisez bien le bon aéroport.
  2. L'heure, notée en heure Zulu, c'est-à-dire UTC. Attention au décalage avec l'heure locale : c'est l'erreur la plus courante. On aligne l'horaire du METAR sur l'heure réelle de votre vol.
  3. Les phénomènes, signalés par des abréviations standard : TS pour orage, FG pour brouillard, SN pour neige, +RA pour forte pluie. Leur absence est aussi une information : un METAR sans aucun phénomène, à l'heure de votre vol, contredit frontalement une excuse météo.

Prenons la même ligne de METAR, à Paris-CDG, dans deux versions. Un jour d'orage :

LFPG 121330Z 24018G30KT 1200 +TSRA BKN008 FEW018CB 15/14 Q1006

Le 12 à 13h30 UTC, vent du 240° à 18 nœuds avec rafales à 30, visibilité tombée à 1 200 mètres, orage avec forte pluie (+TSRA), ciel bas et cumulonimbus : un temps qui peut réellement gêner un décollage ou une approche. Et le même aéroport, un jour dégagé :

LFPG 121330Z 27008KT CAVOK 18/09 Q1021 NOSIG

Ici, un seul mot tranche : CAVOK. Il signifie visibilité supérieure à 10 km, aucun nuage significatif, aucun phénomène. Un METAR comme celui-ci, à l'heure de votre vol, contredit à lui seul une excuse météo. Le schéma ci-dessous décode bloc par bloc la première ligne.

Décodage bloc par bloc d'un METAR d'orage à Paris-CDG : code aéroport LFPG, heure Zulu 121330Z, vent 24018G30KT, visibilité 1200 m, phénomène +TSRA orage et forte pluie, nuages BKN008 et FEW018CB, température 15/14, pression Q1006, avec le contraste CAVOK pour un ciel clair

Lire ces trois repères est à la portée de tous. En tirer la bonne conclusion l'est beaucoup moins : savoir quel seuil de vent ou de visibilité bloque réellement tel aéroport, croiser l'observation avec le déroulé du vol et la juger à l'aune de la jurisprudence, c'est là que ça devient un métier.

Le TAF apporte l'angle le plus redoutable pour la compagnie. Même quand un phénomène est bien réel, la Cour de justice exige que le transporteur ait pris toutes les mesures raisonnables pour en éviter les conséquences. Source : CJUE, Wallentin-Hermann, 22 décembre 2008, C-549/07. Or si la prévision annonçait le mauvais temps des heures à l'avance et que la compagnie n'a rien adapté, elle aura du mal à soutenir qu'elle a fait le nécessaire. Une météo prévue et subie sans réaction n'est pas la même chose qu'une météo qui surgit.

NOTAM, SIGMET et vents en altitude : les pièces secondaires

Trois autres sources complètent l'analyse, sans en être le cœur.

Les NOTAM (Notice to Air Missions) sont les avis officiels publiés par les autorités aéronautiques : piste fermée pour travaux, balisage hors service, restriction d'espace aérien, moyen d'approche indisponible. Ils sont datés et vérifiables. Un NOTAM peut confirmer une cause matérielle réelle à l'aéroport, ou au contraire montrer qu'aucune restriction n'était en vigueur au moment de votre vol.

Les vents en altitude jouent plus rarement, et surtout sur la durée du trajet plus que sur le retard au départ. Un vent contraire fort peut allonger un vol de quelques minutes, mais il n'explique presque jamais à lui seul un retard de plusieurs heures. C'est un élément d'appoint, pas un argument central.

Les SIGMET, enfin, signalent un danger météo sur toute une zone de l'espace aérien : orages violents, turbulences sévères, givrage, cendres volcaniques. Ils concernent la route, pas la piste, et ne sont donc pas nécessaires pour un simple retard. Mais ce sont eux qui documentent la vraie circonstance extraordinaire quand elle existe, comme le nuage de cendres qui a fermé une partie du ciel européen en 2010. Là encore, la trace est large et partagée par tout le trafic, jamais limitée à votre seul vol.

Ces pièces servent à verrouiller l'analyse, pas à la fonder. Le socle reste la comparaison entre vols et le relevé météo horodaté.

Le piège : un recoupement n'est pas une preuve à lui seul

Il faut être honnête, parce que c'est là que beaucoup de raisonnements dérapent.

Constater que votre vol était le seul en retard ne prouve pas à lui seul que la compagnie est en tort. Cela crée une présomption forte, cela déplace la charge de la preuve vers elle, mais la compagnie peut encore démontrer qu'une contrainte a frappé spécifiquement votre vol : un créneau de décollage particulier perdu ce jour-là, un appareil précis retenu ailleurs, une restriction ponctuelle sur votre destination.

De même, si l'aéroport entier était bloqué par un orage, l'affaire n'est pas perdue pour autant. On bascule alors sur une autre règle, décisive : même réelle, une circonstance météo ne couvre que le temps qu'elle a réellement causé. Le reste du retard, celui qui relève de l'organisation de la compagnie, reste indemnisable. C'est tout le sujet de notre article sur les circonstances extraordinaires et la règle du temps retranché.

Autrement dit, aucun de ces signaux ne gagne un dossier seul. C'est leur croisement, et leur lecture juridique, qui fait la différence.

Et si c'était un retard de l'avion, pas du ciel ?

Souvent, la vraie cause n'est pas la météo mais l'appareil lui-même, arrivé en retard de son vol précédent. La compagnie parle alors de « raison opérationnelle », ce qui n'a rien de météorologique.

Ce cas a sa propre méthode de vérification, par l'immatriculation de l'avion, et nous lui avons consacré un article entier : « l'avion arrive en retard du vol précédent », ce que la compagnie doit vraiment prouver. Si l'excuse météo ne résiste pas au recoupement décrit plus haut, c'est très souvent de ce côté qu'il faut regarder.

Ce que Robin des Airs fait pour vous

Reconstituer le tableau des départs de votre aéroport à l'heure de votre vol, lire le METAR et le TAF, vérifier les NOTAM, isoler la part du retard réellement imputable au temps, et opposer tout cela à la compagnie jusqu'au tribunal de commerce si elle s'obstine : c'est notre métier, pas votre travail.

C'est aussi ce qui fait la différence avec un simple formulaire en ligne. Notre expertise du monde aérien nous permet de lire ces signaux comme les lisent les professionnels, et de démonter une excuse météo qui n'en est pas une.

On vérifie votre éligibilité gratuitement, vous n'avancez rien, et si on ne récupère rien, vous ne payez rien.

Questions fréquentes

La compagnie dit « c'est la météo ». Comment savoir si c'est vrai ?
Par recoupement, mais dans les deux sens. Regardez si les autres vols partaient normalement de votre aéroport de départ, puis si les vols arrivaient normalement à votre aéroport d'arrivée à l'heure prévue de votre atterrissage. Un départ dégagé ne dit rien de l'arrivée : c'est l'addition des deux, confirmée par le METAR horodaté de chaque aéroport, qui permet de dire si une fenêtre météo explique vraiment votre retard.
Où trouver le METAR et le TAF de mon vol ?
Sur des sites météo aéronautiques gratuits et publics. Le METAR est l'observation réelle, publiée toutes les demi-heures ou toutes les heures ; le TAF est la prévision d'aérodrome. Les deux sont horodatés en heure Zulu (UTC) et identifient l'aéroport par son code OACI à quatre lettres. Ils disent objectivement s'il y avait un orage, du brouillard ou du vent au moment de votre vol.
Si tous les vols étaient en retard, ai-je perdu mon indemnisation ?
Non. Même réelle, une circonstance météo ne couvre que le temps qu'elle a réellement causé. Si l'orage a bloqué l'aéroport une heure et que votre vol est parti avec quatre heures de retard, la compagnie doit justifier les trois autres. À défaut, le seuil des trois heures est atteint et l'indemnisation est due.
La météo est-elle toujours une circonstance extraordinaire ?
Non, et jamais automatiquement. Pour s'exonérer, la compagnie doit prouver que l'événement a effectivement empêché votre vol et qu'elle a pris toutes les mesures raisonnables pour en limiter les conséquences. Un mauvais temps annoncé la veille, qu'elle n'a pas anticipé dans son planning, ne suffit pas.
La météo à destination peut-elle empêcher mon vol de partir ?
Rarement. Sauf phénomène extrême, un avion décolle quand même : chaque vol prévoit un aéroport de dégagement et le carburant pour l'atteindre. Si le temps se dégrade à l'arrivée, l'appareil part, patiente en vol, et se déroute si nécessaire. Un long retard au sol justifié par « la météo à destination » est donc suspect : la procédure normale est de partir, pas d'attendre. Et une météo qui empêche réellement de décoller est extrême et frappe tout l'aéroport, pas votre seul vol.
Qu'est-ce qu'un NOTAM et à quoi ça sert dans mon dossier ?
Un NOTAM est un avis officiel publié par les autorités aéronautiques : piste fermée, travaux, balisage en panne, restriction d'espace aérien. Il est daté et vérifiable. Il permet de confirmer, ou d'infirmer, une cause matérielle à l'aéroport à l'heure de votre vol.
Le trafic aérien saturé est-il une circonstance extraordinaire ?
Une décision du contrôle aérien peut l'être, mais elle frappe alors tout l'aéroport, pas un seul vol. Si le vôtre est le seul retardé pendant que les autres partent, l'argument du trafic tombe de lui-même, parce que la contrainte n'était pas partagée.
Un recoupement suffit-il à gagner mon dossier ?
Non, et il faut être honnête là-dessus. Comparer les autres vols est un indice puissant qui déplace la charge de la preuve vers la compagnie, mais ce n'est pas une preuve à lui seul : elle peut démontrer qu'un créneau ou un appareil précis a été touché. C'est le croisement de plusieurs signaux, et leur lecture juridique, qui fait un dossier solide.

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